2016-08-04Un cinéma assumé

Le site est présentement en construction. Toutes les informations et horaires n'ont pas encore été mis en ligne.
Revenez régulièrement visiter le site pour découvrir les nouveautés!

100 TikisEn Amérique du Nord, émergent de nouvelles voix dans le cinéma des Premières Nations, avec à l’oeuvre des cinéastes des peuples premiers qui aujourd’hui n’hésitent plus à se frotter au long métrage.

Pour deux films de fiction en provenance des USA, la ville devient le décor, l’habitat, la toile de fond. Avec, c’est notable, références cinématographiques affichées : Herzog pour Harjo qui a tourné Mekko en faisant jouer des itinérants autochtones à Tulsa; multiples, de Antonioni à Jarmusch, pour Blackhorse Lowe à Albuquerque, carrefour des Premières Nations du Sud- Ouest étatsunien et centre artistique, où se situe l’action de Chasing the Light. Du Canada, passés trop vite sur nos écrans (mais voici l’occasion de se rattraper), les longs métrages Le Dep (de Sonia Bonspille-Boileau) et Firesong (d’Adam Garnett-Jones), en lice pour le prix APTN, font pour leur part évoluer leurs personnages dans leur communauté d’appartenance.

Fait marquant donc, à côté d’un cinéma artisanal et communautaire lui-même en plein essor, qu’on pense par exemple au Wapikoni mobile et aux fascinants courts qui en sortent, se développe un cinéma professionnel indépendant qui marche avec aplomb dans sa neuve aurore.

La modernité est partout au rendezvous. Les images anciennes produites autrefois sur les peuples autochtones – sur leur dos pourrait-on dire – sont revisitées, triturées, réaménagées avec brio et deviennent au bout de ce processus de création à la fois de brillants exercices de style et une dénonciation du colonialisme; c’est le cas, en particulier de 100 Tikis (de Dan Taulapapa McMullin), mais aussi de courts-métrages réalisés à partir du matériel de l’ONF par des artistes aussi accomplis que Jeff Barnaby et Kent Monkman.

La société Makivik a confié à un documentariste chevronné la tâche de recueillir la mémoire des leaders inuit qui, face aux projets hydroélectriques de Robert Bourassa, firent vaciller le gouvernement du Québec qui se croyait maître et roi sur leur territoire. Loin du film complaisant qu’on aurait pu craindre en la circonstance, voici au contraire que Napagunnaqullusi – Se tenir debout s’avère un grand film historique qui narre avec une remarquable hauteur de vue un grand chapitre de l’histoire du Québec contemporain et s’attarde sur le rôle décisif que la nation inuite y a joué.

Ces accomplissements cinématographiques démontrent toute l’assurance qui habite maintenant le mouvement d’affirmation des peuples autochtones,qui refuse de se laisser marginaliser et avance résolument au diapason de notre époque. Des universitaires observent, étudient, documentent, et nourrissent de leurs analyses la production nouvelle. Cette année, la présentation rétrospective de films de Nouvelle-Zélande et d’autres pays de la Polynésie par des invités maoris sera liée au colloque annuel qui fait de Présence autochtone un lieu non seulement dédié à la présentation momentanée d’oeuvres marquantes mais aussi un espace d’émergence d’un savoir neuf sur les mutations autochtones contemporaines.

En Amérique latine, la force tranquille des cultures enracinées est en train de changer le paysage politique et de laisser sa marque dans le champ du cinéma. En témoignent, pour cette édition 2016, la force dramatique de Lo que lleva el rio, une fiction vénézuélienne tournée en langue warao dans le Haut-Orénoque, la rage de créer des jeunes comédiens de Movimientos espectulares qui épousent l’élan révolutionnaire de la Bolivie en pleine transformation, la secousse tellurique qu’a provoquée au Pérou la voix de Nelida, Hija de la laguna, qui invoque les esprits élémentaires pour contrer un projet aurifère écocidaire; tout comme la présence de nombreux délégués en provenance de l’Hémisphère Sud venus pour la rencontre du RICAA qui se tient dans le cadre de Présence autochtone 2016.

Non, il ne s’agit plus de quelques oeuvres isolées patiemment glanées aux quatre coins du monde. Mais d’une vague de fond qui porte toute la puissance créatrice des peuples qui se réinventent dans une souveraine inspiration venue de temps immémoriaux.

Montréal, pendant une semaine, se trouve à l’épicentre de ce mouvement planétaire. Plus que jamais, c’est le moment de se mettre au courant…